• Marie Deschenaux

De Schumann à Pons: le Verbier Festival se réinvente pour assurer la relève

La musique offre aux passions le moyen de jouir d'elles-mêmes", a écrit le philosophe Friedrich Nietzsche. Cette citation résonne toujours plus vraie alors que les grands maîtres de la musique classique et la nouvelle génération d’artistes prometteurs tentent de démocratiser cet art lors du Verbier Festival. Focus sur une communication qui se veut tourner vers l’avenir.


C’est au cœur des Alpes pour la 26eannée consécutive que Le Verbier Festival prend ses quartiers. Une programmation riche où les stars de la musique classique se succèdent mais pas seulement. La nouvelle génération de virtuoses se préparent à prendre le relais. Dès l’entrée de la station valaisanne, l’effervescence du festival vous saisit. Les valises sont à peine posées que le programme proposé vous propulse dans une chasse aux virtuoses. « Le concert de 16h00 à l’Église a l’air génial. Mince ! Il y a le forum de la philanthropie en même temps. Difficile de faire un choix», discutent une mère et sa fille autour d’une tasse de café.  Alors que je laisse cette mère et sa fille se débattre avec l’épineuse question de leur prochaine activité, Sarah Turin, la responsable communication du Festival, vient me prévenir. « Il y des élèves de l’academy qui jouent dans les télécabines. C’est vraiment une activité qu’il faut découvrir » m’encourage-t-elle.  Curieuse, je pars à la rencontre de ces jeunes virtuoses qui jouent entre ciel et terre. Florian Pons m’accueille avec son violoncelle. Nous embarquons dans la petite cabine. Un peu gêné il commence par s’excuser du peu de place et promet de faire de son mieux. Il entame avec talent « Le cygne » de Camille Saint-Saëns.  Un moment d’intimité se crée instantanément. Nous en oublions même le bruit que fait le passage de la cabine sur les pylônes en acier. Le morceau se finit trop vite. Florian Pons se raconte alors. Il a 24 ans et vient de Toulouse. Il étudie depuis de nombreuses années la musique classique. Son expérience à Verbier, il en parle avec enthousiasme. « Je suis à l’Academy, j’ai la chance d’apprendre avec les Maîtres. La formation est complète. On nous apprend à gérer notre communication avec le public, nos réseaux sociaux ainsi qu’à sortir de notre zone de confort en nous faisant jouer des endroits improbables » dit-il en tapotant sur la fenêtre de la cabine. « Nous devons être polyvalent aujourd’hui et savoir maîtriser notre communication, c’est primordial. » Florian Pons dans l'étroite télécabine m'explique son riche programme. La communication comme axe centrale de l’apprentissage de la musique classique, voilà un élan novateur et en adéquation avec notre époque. Cette impulsion est insufflée par le directeur de l’academy, Stephen McHolm. Un visionnaire originaire du Canada qui explique ce positionnement : «Nos musiciens doivent comprendre le public et pas l’inverse. Je suis persuadé que nous devons miser sur la transmission de savoir mais pas seulement, les académiciens doivent comprendre que notre art évolue. Les musiciens sont devenus des communicants. Apprendre avec des maîtres lors de session, oui, mais pas seulement, qu’ils soient accessibles. C’est pourquoi nous encourageons les rendez-vous informels autour d’une bière. » Les futures stars du classique apprennent à se mettre en danger et à casser cette image d’inaccessibilité que leurs prédécesseurs ont mis en place.  Stephen Mcholm, directeur de l'académie pousse les jeunes à aller à la rencontre du public. photo: Silvia LaurentUne proximité qui est présente également dans le programme Unlimitied que gère François Vasseur, il l’explique : « Ce programme a pour but de démocratiser le festival, nos activités sont gratuites et accessible à tous les publics. Nous avons voulu une charte graphique différente pour qu’elle soit facilement identifiable. » Effectivement un rose criard habille leur communication et dénote de l’élégant bleu du festival.


Cette communication dynamique se retrouve sur les réseaux sociaux mais pas seulement. Le journal du festival édité quotidiennement est aussi réquisitionné et pour les habitués de la salle Combin, chaque soir après la représentation, les écrans diffusent les informations de l’activité qui suit et qui est forcément issue du programme Unlimited.

Cette relation croisée m’interpelle. Lorsque vous étudiez les relations publiques on vous se serine que toutes actions entreprises doivent être affiliées à un public donné. Je m’interroge donc. À qui s’adresse ces actions ? Pour accéder au journal vous devez obligatoirement séjourner dans la station valaisanne et les annonces à la salle Combin s’adresse à un public déjà acquis. Il reste bien les réseaux sociaux mais sont-ils un levier assez puissant pour faire venir Monsieur et Madame tout le monde à la découverte de la musique classique ? 

François Vasseur continue: « C’est vrai que je ne sais pas. C’est la deuxième édition mais notre volonté est d’avoir une approche plus décontractée. Nous proposons des activités différentes. » Il en cite quelques unes : « des randonnées découvertes, une représentation placée sous le signe du cabaret, les cabines, le forum philanthropique… c’était nous !, On travaille en étroite collaboration avec l’Academy.» 

Ce programme si particulier est au final une porte ouverte vers le classique. Il s’adresse à un public hésitant et permet à la jeune génération de se montrer et d’appréhender ce contact avec public si cher à Stephen McHom.« Venir à une conférence, c’est déjà faire partie du festival. » s’exclame François Vasseur. 



Oui, il faut bouger, oui il faut démocratiser. Le Verbier Festival sort de la caste et met en place les moyens pour que cela soit fait. Monsieur et Madame tout le monde prendront-ils un train pour aller écouter un forum sur la philanthropie ? Aujourd’hui, cela semble un peu utopique, mais les efforts du Verbier Festival et le travail de Florian Pons et cie assurent à Schumann et autre Tchaïkovski la transmission de leur héritage. Il y a fort à parier que les Maîtres auraient su que des cours royales et des élites ne suffisent plus pour faire perpétuer leur art. Cette mutation est nécessaire pour survivre et les héritiers sauront répercuter à leur tour la passion et la magie que cette musique est bien la seule à posséder.

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